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Ngandajika fait partie de Lomami et doit le rester

Ngandajika fait partie de Lomami et doit le rester

31 mai 2010 3 h 17 min

Dans sa livraison n° 3337 du 29/5/2008, le Phare s’était déjà fait l’écho de l’émotion des  «  intellectuels et cadres » se disant originaires de NGANDAJIKA face à l’imminence de la loi d’installation  de nouvelles provinces, qui risquait  de consacrer  le rattachement de leur contrée à la future province de LOMAMI,

Ils exprimaient, alors, leur refus de cette dernière  perspective dans une pétition  adressée à cette fin  au Parlement, ce qui aurait tout  compliqué concernant  Lomami, si l’on s’en tient à ce que le Phare rapporte à ce  sujet dans son numéro 3829 du 15 mai 2010.

Mais ,  une chose est les débats parlementaires tous compliqués qu’ils puissent être, une autre est, autour  ou au delà  d’eux , l’effervescence   suscitée et entretenue   par  une partie de la classe  politique  intéressée  et  impatiente  de voir se concrétiser  hic et nunc, c.à.d., sans plus des préalables, la disposition   de l’article 226 de la  Constitution.

Revenons à Lomami,  pourquoi  les   intellectuels et cadres se disant originaires de NGANDAJIKA  refusent –ils que  leur territoire y soit rattaché ?

Ils se sont expliqués dans leur  pétition, mais alors  à coup d’arguments  dont la pertinence et le fondement sont loin d’être d’une évidence mathématique.

Beaucoup s’en faudrait du reste

Rappelons d’abord  que la multiplication des   provinces  n’est pas une expérience inédite dans  notre pays : de  quatre qu’elles furent  à l’époque de l’Etat Indépendant du Congo à savoir  l’Equateur, le Congo-Kasaï, la Province Orientale et le Katanga, elles devinrent six à la fin de la Colonie : le Congo Kasaï  et la Province Orientale  ayant été chacune scindée en deux pour donner naissance aux provinces de Léopoldville et de Kivu.

Sous le régime de la Constitution de Luluabourg, on arriva au nombre de vingt deux qui  revinrent   à six puis à  onze sous la dictature mobutiste jusqu’à ces jours de veille  pendant lequel nous attendons l’installation effective de vingt six provinces prévues par la Constitution du 16 février 2006.

A quoi obéissait et obéit le démembrement du pays ? Au besoin, comme on a l’habitude de nous le claironner jusqu’à satiété, de rapprocher l’administration de l’administré ? Si c’est à cette aune là, alors  sont  à féliciter chaleureusement  ceux qui ont pu gouverner efficacement le Congo Belge, car notre pays, malgré sa vaste étendue ,  passe pour avoir été l’une des colonies européennes en Afrique à avoir été mieux administrée alors que les moyens de transports, de communications et de télécommunications faisaient défaut ou étaient embryonnaires ou n’en étaient pas encore à la sophistication  actuelle,

Imaginez alors ce que le Congo Belge aurait été si les administrateurs coloniaux disposaient d’internet, de phonie, de  DHL, de  fax, etc.…..

Cette réputation d’efficace gouvernance est, apparemment, loin d’être usurpée de la part des coloniaux  qui  la doivent, moins aux  fameuses chicottes légendaires  qu’ à la haute qualité morale et intellectuelle des hommes ayant  animé   la fonction publique et  la magistrature coloniales.

Peu parmi ces derniers  étaient dépourvus  de bagage universitaire. Illustration : le Gouverneur  Général JUNGERS  était déjà Notaire lorsqu’il s’était engagé dans l’administration  coloniale  tandis que  SOHIER brillant juriste aussi, a exercé comme  magistrat au Congo Belge et  par la suite en Belgique où il a fini sa carrière a la tête de la Cour de Cassation .

Les mérites de l’administration coloniale sont  d’une telle évidence que même nombre d’anticolonialistes invétérés les reconnaissent, bien sûr  pour aussitôt les évacuer, gênés et de mauvaise foi, par une ineptie du genre « mais alors même si tel était le cas, c’était une administration  qui visait le profit de la métropole et la mise en valeur des ressources naturelles du pays ».

D’accord mais quels sont, depuis lors, les fins et mobiles de l’administration publique, version Congo Indépendant?

Toujours est-il qu’au terme de quatre vingt ans de la  présence belge au Congo, le nombre des provinces n’avait  pas dépassé la demi-douzaine, tandis que le Congo indépendant fêtera son  cinquantenaire,  divisé en  vingt six provinces. Et encore le problème  ne sera pas clos pour autant.

Personne n’est donc pas  dupe de ce qui nous attend et aucun discours ne doit faire illusion.

En effet pas plus que  n’importe quel autre argument, le poncif du rapprochement de l’administration à l’administré cache mal les arrière-pensées véritables nourris par  les partisans acharnés  et intéressés  de la scission  à outrance des provinces : le rêve malsain de chapeauter de petits  fiefs qui en résulteraient et sur lesquels  ils ne pourront régner qu’en potentats afin de s’assurer des  rentes illicites à leur profit personnel, comme, hélas, c’est la tradition en Afrique.

Chez nous en effet,   l’abus du pouvoir est naturellement considéré consubstantiel à l’exercice véritable et effectif  du pouvoir ; le fatalisme des populations aidant le phénomène s’accentue au point qu’on peut pas en espérer  l’antidote de sitôt.

Aussi est ce pure démagogie  que de laisser entrevoir  les provinces aux dimensions de chaque tribu  propulseront nécessairement nos populations dans l’ère  spatiale.

Il n’est qu’à se rappeler   la vanité des promesses suivant lesquelles, l’indépendance aussitôt  obtenue,  les tracteurs  devraient  délivrer  nos paysans de la corvée de la houe : la désillusion est au rendez vous.

Dissocier le sort de NGANDAJIKA  de celui de LOMAMI  ne  vaut pas une bagarre.

En revanche,  accentuer le mouvement d’intégration encore plus poussée des tribus par ailleurs voisines , comme dans l’espèce, c’est  demeurer  dans le  sens de l’histoire.

Voici pourquoi.

A l’âge scolaire, mon père, né avec la colonie, était encouragé par mon grand père, justicier à la cour du chef Ngandajika, à refuser  et  à fuir l’école. Quand sorti de l’adolescence,  l’heure du choix  se présenta pour lui: à la force publique qui recrutait, il préféra  aller rejoindre  son cousin à Kabinda dans le Lomami, déjà !, pour aller chercher fortune.

Domestique chez un territorial  blanc, ledit cousin ne pouvait qu’embrigader  mon illettré de père dans  le même  métier que lui. Ce fut chez un mécanicien blanc de la Messagerie Automobile de Sankuru dite MAS  qui amena, à l’occasion de sa mutation, mon père à Kamina Ville.

C’est dans cette dernière ville que mon père se décida de s’installer à son propre  compte comme mécanicien vélo, métier dont il avait  assimilé la pratique  au contact de son patron,

Longtemps après,  mon père devait devenir  en  plus  commerçant des vélos et un notable  de la ville.

Cependant  comme pour maints autres congolais venus du Kasaï au Katanga à la recherche du  mieux être  les élections de 1959 sonnèrent le glas de le séjour de mon père à Kamina.

En effet, au lendemain de ces événements, le petit monde  congolais s’effondra pour emprunter à Chinua Achebe le titre de son roman, Plus particulièrement celui de mon père et nous avec lui, sa qualité de trésorier du MNC Lumumba local l’ayant fait déclarer   persona non grata par  la CONAKAT/Kamina, et c’est à Ngandajika qu’il fut contraint  de revenir,  nous avec lui.

A tous points de vue, ne pouvaient guère être réjouissantes  pour nous,  les perspectives de vie  dans cette petite cité agricole  qui allait être appelée   pompeusement  arrondissement du  Sud Kasaï  par Kalonji Mulopwe.

D’où l’inspiration paternelle de nous envoyer étudier à Léopoldville où je suis depuis plus de quarante ans, exerçant comme avocat après une éclipse de 6 ans comme  magistrat à l’intérieur.

Le lecteur voudra bien m’excuser  de ce détour  par mon itinéraire  personnel.

La nécessité d’illustrer mon propos m’y a contraint.

Je peux me tromper mais mon profil, à peu de différences près, est le même que celui de nombreux membres  du camp de refus qui se targuent d’être de Ngandajika pour peu que moi.

En effet, les originaires de Ngandajika éparpillés à travers la République  n’ont   parfois gardé avec cette contrée  qu’une attache affective et historique.

Rares y sont domiciliés, y résident  ou y détiennent   des  intérêts matériels significatifs, sauf peut être à nourrir  des rêves  d’y réaliser des  projets nécessitant  des moyens qui tarderont encore pour longtemps à être réunis.

Malgré cela, je  peux  d’égale façon me réclamer  de Ngandajika, patrie de mon père ;  comme  de Kamina, ma ville natale ; comme  de Kinshasa, ma ville d’adoption où j’ai étudié, et vis actuellement avec une forte probabilité d’y être enterré, comme de Kisangani, de Buta et d’Isiro, où j’ai exercé ma carrière de magistrat.

Je jouis  donc sur  Ngandajika  d’une légitimité  suffisante   en tout  cas  pour dénier au  camp du refus , le monopole d’amour patriotique envers Ngandajika et surtout, comme tout congolais je crois avoir le droit de contredire  son argumentaire  qui , cela soit dit sans l’intention d’offenser qui que ce soit, est d’une triste banalité .

Si on élève un peu les débats, on ne manquera pas de constater que le camp du refus, à mon humble avis, se trompe lourdement d’idéal, d’époque, de pays et des hommes .

C’est en faveur de la position inverse à laquelle je me rattache que militent  des raisons  considérables et  quasi  objectives ,

D’un, on ne peut pas alors que nous sommes censés appartenir à un même pays invoquer  des principes de droit international relatifs aux  droits des peuples à s’administrer eux mêmes comme si du  rattachement  de Ngandajika à Lomami résultera la mise des populations de Ngandajika sous le joug  des peuples  non seulement étrangers mais en plus hostiles. Sans vouloir le dire,on lit entre les lignes que le camp du refus vise les  Songye.

L’ironie  et le comble de cette situation est que ceux qui  appréhendent   d’être administrés par les Songye sont ceux là mêmes qui suscitent, plus à tort qu’à raison, chez les autres tribus de la République des fantasmes d’invasion et de domination.

Feu NYAMWISI MUVINGI, avec son  bagout au  service des  excès de langage qu’on lui connaissait n’hésitait pas de qualifier KYUNGU wa KUMWANZA et ses partisans  de héros  de la lutte  de libération contre les Kasaïens, d’où les Songye n’étaient pas exclus.

De deux, on dirait que  l’Histoire est en train de bégayer, car c’est  notoirement connu que   certains  Kanyoka , Songye et Tetela, et non de moindres,  car ayant eu voix au chapitre mobutiste ,  avaient eu à exprimer plus ou moins ouvertement de réticence ou de réserves  à partager la même province du Kasaî Oriental avec les Luba par crainte d’être « dominés » par ces derniers. Leur opinion n’avait pas pesé lourd alors.

Eux-mêmes ou leurs émules  ont rongé leur frein pour faire triompher leur  thèse à la faveur de la Constitution du 16 février 2006.

A la veille de la séparation administrative à l’horizon et au et en terme  de  cohabitation des tribus  il aurait été intéressé, pour l’histoire,  d’établir si oui ou non les  craintes nourries alors étaient vérifiées dans les faits et dans quelles proportions.

Pour revenir  au District  du  Lomami en passe de devenir province, sauf erreur de ma part, son  premier Commissaire de district congolais  en 1960 qui a fait la remise et reprise avec son  prédécesseur belge a été MABIKA KALANDA ?

Ce n’était pas un Kanyoka, un Songye ou un Tetela.

Cela s’appelle l’Histoire que les gens de Ngandajika  peuvent revendiquer ensemble avec les Songye.

De trois, le précédent selon lequel  Ngandajika n’a jamais  été rattaché à l’ancienne Province de Lomami ni en fait ni dans les projets des constitutions qui ont émaillé  notre vie nationale, ne justifie en rien  qu’on ne  puisse  pas tenter  l’expérience cette fois.

Il y a un début et une fin à tout.

A-t-on déjà  pensé  que Lomami  a été rattaché au Kasaï Oriental sans que les Songye  fassent  tout un plat de la question ?

De quatre, est sans pertinence l’argument de la proximité  administrative, car  depuis  la colonie, quand il n’y avait que la marche à pieds jusqu’à ce jour, Ngandajika, comme territoire, dépend  toujours administrativement de Kabinda.

Il peut très bien le rester comme futur district, sans la moindre perturbation. D’où proviendra-t-elle , du reste ?

Pallier aux distances d’ailleurs  est un jeu d’enfants avec les moyens modernes et hypersophistiqués de transport, de  communication et  de télécommunications.

Croire que les choses devaient demeurer en l’état où elles sont maintenant, non seulement  serait aberrant-  la multiplication des provinces  ayant été réclamée comme une condition sine qua non de développement – mais  en plus, c’est  désespérer  que les chantiers dans ces domaines n’arrivent jamais  au LOMAMI.

De cinq, grenier agricole, Ngandajika territoire du Kasaî Oriental , alimente Mbuji Mayi , bien sûr. Va-t-il cesser de le faire quand il sera district dépendant du  LOMAMI ? Oui, dit le camp du refus  qui  voit les futures provinces sous le prisme des Etats indépendants condamnés  à vivre désormais en autarcie étanche. Même l’ALBANIE d’Enver HODJA, la COREE de Kim IL SUNG et la CHINE de MAO  commerçaient quand même avec les sales capitalistes.

Est-ce que le Katanga de Tshombe et Munongo, par la suite le Katanga de Kyungu avaient  fermé  hermétiquement ses frontières avec le Kasaî ? Kaniama est loin de Lubumbashi sans qu’il en soit mort économiquement.

Vraiment il y a  dans cet argument quelque chose de pathétique chez ces messieurs qui jouent à nous faire peur au point de verser dans l’hystérie.

Non,on ne peut pas s’attarder à des considérations de ce genre, quand on sait que Lodja ou Lusambo, distants de Mbuji Mayi de plus de cents kilomètres commercent quand même avec le chef-lieu. Pourquoi ne les avait-on plaints, ne les plaint – on   pas ? Parce qu’ils ne sont pas  Ngandajika ?  Cela est loin d’être très sérieux.

De six, nous ne pouvons suivre le camp de refus  quand il prophétise  que socialement et culturellement de graves malentendus surviendraient entre les populations Luba et Songye de Ngandajika avec les autochtones de la future province. Qui sont ces derniers sinon les Songye aussi ? Veut-on suggérer que les mœurs sociales et culturelles des Luba et des Songye  seraient tellement irréductibles et inconciliables  qu’ils ne pourront jamais cohabiter? Est-ce qu’un intellectuel ou un cadre peut soutenir pareille thèse sans tomber dans le ridicule? Ce serait là plus que du délire.

Dans tous les cas, comme sous la colonie, sous  la dictature et maintenant sous la  démocratie que nous sommes supposés en train de construire, il existe des modes et cadres légaux et politiques,  pour vider des malentendus si jamais il y  en aura. Et tout d’abord de quels malentendus il pourrait y avoir ?

De sept, les Luba ont toujours eu une certaine vocation à l’émigration. Pour une fois que l’opportunité  est offerte à ceux de Ngandajika de satisfaire cette tendance dans l’espace du Lomami  qu’ils auront désormais en partage avec les SONGYEIl , certains d’entre eux  font la fine bouche. Ils ont  tort.

De huit, dans les mœurs politiques congolaises  pourries par les questions de géopolitique  ouvertes ou cachées, n’est-ce pas  un avantage des Luba de Lomami d’être comptés dans un quota autre que celui des deux Kasaî   ?

La crainte est  peut être de se voir devenir   une minorité  tribale au Lomami,   mais Bon Dieu depuis quand les minorités  peuvent avoir peur dans une démocratie  qui est la loi  de la majorité avec respect et protection des droits de la minorité? A moins d’avoir des doutes sur la démocratie, cette appréhension ne tient pas la route.

Rien ne dit que tous les Luba à Ngandajika ont et auront une même opinion sur tous les problèmes de la Province au point d’être toujours et à jamais dans l’opposition,

La preuve, c’est le rédacteur  du présent article qui est  en dissidence avec le camp du refus.  Des émules  et des partisans ne  peuvent pas lui manquer. Au contraire.

De neuf, signalons cette contradiction qui consiste à accepter d’être une minorité non originaire dans d’autres provinces du pays et refuser d’être une minorité originaire de sa propre province en plus voisine d’une province où les Luba sont majoritaires.

Craint- on que les gens de Ngandajika soient un jour refoulés des autres districts de Lomami si jamais ils s’y installaient ? Pas autant que les Bena Kapuya le seront par les Bena Kalambayi !

De dix, les  tribus comme facteur et   forces politiques,  c’est une évidence mais  de là à croire qu’elles sont constituées des membres  fidèles et soudés en bloc monolithique, il  y a un fossé  qu’on  ne peut sauter aussi allégrement.

La même chose, est abusif  le fait de s’imaginer  que le progrès du pays passe nécessairement par des Provinces caractérisées par l’homogénéité tribale de sa population.

Beaucoup de Bakongo ont cru en une Université KONGO  avec des campus à Kisantu, à Matadi et à Boma.

Las, les Bayombe, soupçonnant les Batandu  de s’être réservés la part belle, ont préféré une Université propre à eux, avec toutes les facultés réunies à Boma si pas dans le Bas fleuve.

Le Kongo Central pourrait suivre le mouvement. Au Sankuru les Tetela de la forêt ne seront-ils pas tentés de s’ériger en province, seuls , eux qui font tout récemment des problèmes aux Tetela de la savane?

S’ériger en leur propre province pourrait  également séduire  les Bambole, ou les  Topoke face aux Lokole.

On oublie trop souvent que le clivage entre Baluba d’en Haut et Baluba d’en  Bas avait empoisonné à un certain moment la vie sociale et politique des Luba-Kasaî, tandis que dans le Haut Lomami  des Luba de Kasongo Nyembo et ceux de Kabongo  vivent le même climat .

Dans les Bas-Uélés , les Azandé  et les Babua, solliciteront d’avoir des provinces séparées un de ces jours.

Qu’on ne se  fie pas à l’unité de façade qu’affichent les Ituriens.

Quand ils auront  acquis leur province comme ils sont pressés de l’avoir, c’est aux   guerres ethniques  auxquelles ils nous ont habitués  qu’ils vont recourir pour résoudre beaucoup de leurs problèmes politiques. Et la série peut continuer à l’infini dans toutes les tribus de la Républiques sans exception, qui sont de terreaux  fertiles pour recevoir et développer  les grains de division.

Depuis la Tour de Babel,  les Hommes et les Communautés des hommes  sont très réceptifs et prompts à la division  et les motifs  pour exacerber cette tendance  jusqu’à la guerre  ne manquent pas : tout est question d’ enjeux  ou  d’occasions.

Celui des enjeux qui dépasse tous les autres est la conquête  du pouvoir n’importe lequel et quand on l’a conquis, celui de le  garder  indéfiniment. Dans ce dernier cas, s’agissant du pouvoir politique qui ignore que pour régner il faut diviser ?

Il arrive cependant que  cette pratique démontre ses limites, quand la survie des gens commande leur regroupement et leur cohabitation paisible.

La leçon vient des Balkans, le prototype même des peuples divisés.

Après la cure des nationalismes étroits consécutifs à l’effondrement du bloc communiste  auquel  ils appartenaient par idéologie plus ou moins assumée, les Balkans  sont  presque tous  candidats à l’adhésion à l’Union Européenne.

Je ne vois pas un scénario différent, tôt ou tard, avec les provinces  que la Constitution du 16 février 2006 nous a proposées, faisant croire aux tribus de  notre pays que l’enfer qu’elles vivent, pour  paraphraser Jean Paul SARTRE, c’est les autres.

Or, c’est évident que les tribus du Congo se sont énormément enrichies de leurs différences réciproques.

Cette constitution, sur ce point,   apparaîtra  pour ce qu’elle n’a jamais cessé d’être  depuis son adoption dans les conditions que l’on sait, un retard regrettable dans la construction  nationale  d’abord, de l’Afrique Centrale ensuite, et enfin  de l’Afrique.

Pour d’autres raisons, même ses partisans envisagent déjà sa révision.

L’immense savant Claude LEVI STRAUSS qui se connaissait  dans la profonde  nature  des hommes disait : «  l’exclusive fatalité, l’unique tare, qui puisse affliger un groupe humain et l’empêcher  de réaliser  pleinement sa nature, c’est d’être seul  ».

Le salut du Congolais est hors de la tribu, c’est à cette culture là que nous devons  soumettre les générations qui viennent pour nous remplacer.

Sont à encourager toutes les entreprises et les institutions  qui peuvent servir de creusets pour  unir les peuples de ce pays,  ce sera les universités , l’armée, l’administration  de non originaires , la magistrature, les sports, les chemins de fer , les routes et les mariages intertribaux…….Ici particulièrement, les Luba prétendent, avec la vanité qu’on leur prête à tort ou à raison, qu’ils sont beaux, et que leur  vocation  est de  perpétuer le genre humain dans ce qu’il a de meilleur.

En refusant d’aller vivre avec les Songye , les cadres et intellectuels originaires de Ngandajika me donnent de trahir quel que peu  un aspect essentiel  de la culture Luba , ce qui est le comble .Un Songye, professeur d’Université  m’a  appris un jour  ce que j’ignorais que le mobile qui pousse souvent  les Hommes Songye à épouser des femmes Luba c’est le désir d’avoir  beaucoup d’enfants , ce à quoi répugneraient les femmes  Songye.très féministes sur la question.

Le cas était arrivé  dans ma famille et j’en ai une explication. Feue ma cousine  mariée en deuxièmes noces  avec  un Songye  divorcé  lui a laissé  huit   enfants .alors que le mari n’avait eu que deux avec  sa première femme songye comme lui. Entre autres motifs de divorce, elle ne faisait plus d’enfants ce qui ne s’expliquait aux yeux de la famille du mari  que par le refus de la femme d’en faire..

A cause de mes neveux ça ne me gène pas  d’être originaire de LOMAMI. Il s’agit d’une expérience très intéressante qui mérite d’être tentée.

« Mudiano », comme on dit chez nous .

Maître Léopold MBUYI KAPUYA Meleka

Avocat à la Cour d’Appel de KINSHASA/GOMBE

contactprovincelomami@gmail.com

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